M. Chapoutier
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Maison familiale fondée en 1808 à Tain-l’Hermitage, M. Chapoutier est aujourd’hui le premier propriétaire de la colline de l’Hermitage. Sous la direction de Michel Chapoutier, le vignoble est passé à la biodynamie dès le début des années 1990 : syrah sur les rouges, marsanne sur les blancs, et une lecture du coteau parcelle par parcelle. Depuis 1996, chaque étiquette porte aussi le nom du vin en braille. Le Pavillon, né des vieilles vignes des Bessards sur socle granitique, figure parmi les plus grandes syrahs du Rhône : le millésime 1990 et le 1989 comptent parmi les sommets du domaine, quand le vin de 2009 et le 2021 prolongent cette exigence sur des années plus récentes.

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La F.A.Q

Qu’est-ce qui rend les vins de M. Chapoutier reconnaissables ?

Trois traits : une viticulture en biodynamie adoptée dès le début des années 1990, des cuvées dites parcellaires issues chacune d’un seul lieu-dit de la colline de l’Hermitage, et le nom du vin inscrit en braille sur chaque étiquette depuis 1996, en hommage à Maurice Monier de la Sizeranne.

Quels grands millésimes de M. Chapoutier rechercher ?

Sur l’Hermitage, les années 1989 et 1990 comptent parmi les sommets historiques du domaine ; le vin 2003 et 2009 offrent des rouges puissants et concentrés, tandis que les millésimes plus récents, comme 2016 ou 2021, prolongent cette régularité au plus haut niveau.

Combien de temps peut-on garder un vin de M. Chapoutier ?

Les grands rouges d’Hermitage, en particulier les sélections parcellaires, se gardent facilement vingt à quarante ans dans de bonnes conditions et demandent souvent une dizaine d’années avant de s’ouvrir pleinement. Les blancs de marsanne vieillissent eux aussi remarquablement bien. Sur un millésime jeune, un passage en carafe est recommandé.

M. Chapoutier, deux siècles d’une maison familiale à Tain-l’Hermitage

La maison M. Chapoutier est née en 1808, quand Polydor Chapoutier acquiert ses premières vignes sur les coteaux de Tain-l’Hermitage, dans le nord de la vallée du Rhône. De génération en génération, la famille passe du métier de vigneron à celui d’éleveur et de négociant, sans jamais quitter ce berceau. Le tournant décisif intervient en 1990 : Michel Chapoutier, alors âgé d’une trentaine d’années, prend la direction de l’entreprise et en réinvente la philosophie. Il recentre la maison sur l’expression des terroirs, convertit le vignoble à la biodynamie et crée des cuvées issues d’une seule parcelle. Aujourd’hui, la maison exploite un vignoble d’environ 360 hectares qui dépasse largement le Rhône, avec des propriétés en Roussillon, en Alsace, au Portugal et en Australie ; mais son cœur historique reste la colline de l’Hermitage, dont elle est devenue le premier propriétaire.

Le terroir de la colline de l’Hermitage : granite, galets et micro-terrasses

Pour comprendre les vins de M. Chapoutier, il faut regarder la colline de l’Hermitage, un coteau abrupt exposé plein sud au-dessus du Rhône. Loin d’être uniforme, cette colline est une mosaïque de petits secteurs — les lieux-dits — dont chacun possède son propre sol. Le secteur des Bessards, au socle de granite, donne les syrahs les plus droites et les plus profondes ; c’est l’ossature d’un grand Hermitage. Un peu plus loin, le Méal repose sur d’anciennes terrasses de galets et de graviers apportés par le fleuve, qui livrent des vins plus charnus et généreux. Les Greffieux, sur des sols plus fins mêlés de cailloux roulés, apportent rondeur et gourmandise. Cette lecture parcelle par parcelle est au fondement du travail de la maison : plutôt que de tout assembler, elle met en bouteille séparément ce que chaque terroir a d’unique. L’exposition sud et les fortes pentes, aménagées en terrasses, complètent le tableau en offrant à la vigne un ensoleillement maximal.

Biodynamie, syrah et marsanne : la philosophie et le style des vins M. Chapoutier

Le style de M. Chapoutier découle d’un principe simple : intervenir le moins possible pour laisser parler le sol. Dès le début des années 1990, la maison convertit ses vignes à la biodynamie, une agriculture sans produits chimiques de synthèse qui soigne la vie de la terre et travaille au rythme des saisons. En Hermitage, deux cépages règnent : la syrah pour les rouges, la marsanne pour les blancs. Les rouges se reconnaissent à leur robe sombre et à leurs arômes de fruits noirs, de réglisse et d’épices, portés par une matière dense qui s’assouplit avec le temps. Les blancs de marsanne, plus rares, offrent une texture ample, des notes de fruits blancs, de miel et de fleurs, et une aptitude au vieillissement qui surprend souvent les amateurs. Les raisins sont récoltés à la main, la vinification reste sobre et l’élevage cherche à préserver la fraîcheur et le caractère minéral du lieu plutôt qu’à imposer le bois.

Sélections parcellaires et héritage du braille : la signature de M. Chapoutier

Deux traits rendent la maison immédiatement reconnaissable. Le premier, ce sont les sélections parcellaires : des cuvées d’Ermitage — la maison reprend volontiers l’ancienne orthographe — issues chacune d’un seul lieu-dit et d’un seul cépage, produites en très petites quantités. Le Pavillon, né des vieilles vignes des Bessards sur granite, est le plus célèbre d’entre elles, aux côtés de L’Ermite, du Méal, des Greffieux ou, en blanc, de De l’Orée. Le second trait se lit, littéralement, du bout des doigts : depuis 1996, chaque étiquette de la maison porte le nom du vin, son millésime et son appellation en braille. Cet hommage renvoie à Maurice Monier de la Sizeranne, membre d’une famille de Tain à qui la maison a racheté des vignes, devenu aveugle enfant puis inventeur d’une forme abrégée de braille et fondateur d’une grande association pour les aveugles. La cuvée historique d’Hermitage de la maison porte d’ailleurs son nom. Peu de domaines associent ainsi un grand vin à un tel geste d’accessibilité.

Potentiel de garde et reconnaissance des vins de M. Chapoutier

Les grands vins de M. Chapoutier sont des vins de garde. Les rouges d’Hermitage, et en premier lieu les sélections parcellaires, demandent souvent une dizaine d’années pour dénouer leurs tanins, et les meilleurs millésimes traversent sans peine trois à quatre décennies. Jeunes, ils impressionnent par leur puissance ; avec l’âge, ils gagnent en complexité et développent des notes de cuir, de truffe, de fruits confits et de sous-bois. Les blancs de marsanne, longtemps sous-estimés, comptent parmi les vins blancs français les plus aptes à vieillir. Cette régularité au plus haut niveau vaut à la maison une reconnaissance internationale constante depuis plusieurs décennies : elle figure aujourd’hui parmi les références absolues de la vallée du Rhône, et son travail de pionnier sur la biodynamie et les terroirs parcellaires a durablement marqué toute l’appellation.

M. Chapoutier au sein de l’Hermitage et de la vallée du Rhône

L’Hermitage est l’un des plus petits et des plus anciens grands terroirs de France : à peine plus de 130 hectares de vignes, que quelques maisons se partagent. M. Chapoutier y occupe une place singulière, puisqu’elle en est devenue le premier propriétaire, avec des parcelles dans presque tous les meilleurs lieux-dits. Ses voisins sur la colline et dans le nord du Rhône dessinent, chacun à sa manière, le visage de ces terroirs : le domaine Jean-Louis Chave incarne l’art de l’assemblage patient en Hermitage, tandis que Paul Jaboulet Aîné y signe la célèbre cuvée La Chapelle. Plus au nord, sur les coteaux de Côte-Rôtie et de Condrieu, les maisons Guigal et Delas prolongent cette tradition de syrahs et de blancs de grande garde. Situer M. Chapoutier parmi ces noms, c’est mesurer qu’on touche ici au sommet de la vallée du Rhône septentrionale.

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