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Sur les hauteurs de Saint-Pargoire, entre Béziers et Montpellier, le Domaine Peyre Rose est l’œuvre d’une seule femme, Marlène Soria, qui a défriché la garrigue à la main pour y planter la vigne. Conduit en agriculture biologique sur des sols pauvres de calcaire et d’argile, il fait de la Syrah son cépage maître, épaulée de Grenache et de Mourvèdre. Ses cuvées Les Cistes et Belle Léone, longtemps rattachées au Coteaux du Languedoc, comptent parmi les rouges les plus singuliers de la région.
Le domaine se distingue par des élevages de huit à dix ans avant la sortie de chaque vin. Le millésime 1998 porte la profondeur des grands rouges arrivés à maturité, tandis que le vin de 2012 et le 2014 déploient une Syrah épicée et charnue, taillée pour une longue évolution en cave. Lire la suiteFiltrer
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Trois choses. Une femme d’abord, Marlène Soria, qui a créé le domaine seule, à la main, sur une garrigue sauvage de Saint-Pargoire. Un cépage ensuite, la Syrah, qu’elle a placé au cœur de ses vins là où le Languedoc pratique surtout l’assemblage. Le temps enfin : chaque vin est élevé huit à dix ans au domaine avant d’être commercialisé, et arrive donc déjà mûr et prêt à boire.
Tout dépend du style recherché. Les Cistes, à dominante de Syrah et de Grenache, est la plus élégante et la plus fraîche, sur les fruits rouges. Belle Léone, en Syrah et Mourvèdre, se montre plus dense et plus sombre, sur le fruit noir, les épices et une note fumée. La cuvée Marlène, plus parfumée, constitue une entrée plus immédiate dans l’univers du domaine.
Grâce à leur long élevage, les rouges de Peyre Rose sont déjà ouverts et savoureux à leur sortie : on peut les déguster sans attendre. Ils gardent toutefois une belle capacité à évoluer et peuvent se bonifier encore de nombreuses années en cave. Pour en profiter pleinement, servez-les autour de 16-17 °C, idéalement après un passage en carafe, sur une viande grillée, un gibier ou un plat mijoté.
L’histoire du Domaine Peyre Rose est indissociable de celle de sa fondatrice, Marlène Soria. Rien ne la destinait au vin : elle exerce d’abord le métier d’agent immobilier lorsqu’elle tombe amoureuse, au début des années 1970, d’une bâtisse isolée au-dessus de Saint-Pargoire, un village de l’Hérault situé entre Béziers et Montpellier. Ce qui devait rester une simple maison de campagne devient le projet d’une vie. Au début des années 1980, elle défriche à la main une garrigue que personne n’avait jamais cultivée et y plante ses premières vignes, sans engin mécanique, sans électricité ni eau courante. Ses premiers vins voient le jour à la fin de la décennie, dans des conditions d’un dénuement presque total. La reconnaissance, pourtant, arrive vite : dès les années 1990, la critique française et internationale s’enthousiasme pour ces rouges venus d’un coin oublié du Languedoc, et Marlène Soria compte parmi les premières femmes vigneronnes de la région saluées comme figure de l’année par la presse spécialisée. En quelques millésimes, un domaine confidentiel entre dans le cercle très fermé des grands vins du Languedoc.
Le Domaine Peyre Rose tient une bonne part de son caractère à son isolement. Perché sur les hauteurs de Saint-Pargoire, à l’écart des villages et des routes, il est entouré d’un rempart naturel de garrigue — ces collines sèches et parfumées où poussent thym, romarin et cistes, l’arbuste sauvage qui a donné son nom à l’une des cuvées. Les sols sont pauvres et caillouteux, mêlant calcaire et argile ; ce sont des terres ingrates qui obligent la vigne à puiser loin sa nourriture et limitent naturellement les récoltes. Depuis l’origine, tout est conduit en agriculture biologique, sans engrais ni traitement chimique de synthèse. Cette pauvreté du sol, souvent perçue comme un handicap ailleurs, devient ici un atout : de petits rendements, des raisins très concentrés, et cette empreinte minérale que l’on retrouve dans le verre. La production reste volontairement confidentielle, ce qui explique la rareté des vins du domaine.
Marlène Soria a bâti son domaine autour de la Syrah, le grand cépage rouge du nord de la vallée du Rhône, qu’elle admire de longue date. À Peyre Rose, la Syrah domine largement l’encépagement, complétée de Grenache, de Mourvèdre et d’un peu de Carignan pour les rouges, tandis qu’une petite surface est plantée en cépages blancs (Rolle, Roussanne, Viognier). Mais la vraie signature du domaine tient à sa manière de prendre son temps. Là où la plupart des vignerons commercialisent leur vin un à deux ans après la récolte, Peyre Rose ne libère ses rouges qu’après huit à dix ans — parfois davantage pour le blanc. Les vins reposent longuement en cuves de béton, puis, pour les millésimes plus récents, pour partie en grands foudres de bois, avant un ultime vieillissement en bouteille au domaine. Ce long élevage n’est pas un caprice : il laisse aux tanins le temps de se fondre et aux arômes celui d’évoluer avant même la mise en vente. Résultat, chaque bouteille arrive déjà ouverte, sur des notes de fruits noirs mûrs, d’épices douces et de garrigue, puis, avec l’âge, de truffe, de cuir et de fumée. On peut la déguster sans attendre, ce qui reste rare pour un vin de cette envergure.
Le domaine se lit à travers ses cuvées, nées chacune d’une parcelle et d’un assemblage précis. Les Cistes, issue du lieu-dit du même nom sur des sols frais de calcaire et d’argile, associe une large majorité de Syrah à un complément de Grenache : c’est le vin le plus élégant du domaine, tout en fruits rouges et en fraîcheur. Belle Léone, née d’une parcelle de Syrah et de Mourvèdre plantée sur des argiles rouges, se montre plus sombre et plus dense, sur le fruit noir, les épices grillées et une touche fumée. La cuvée Marlène, à dominante de Syrah et de Grenache, offre un profil plus parfumé et d’un abord plus immédiat ; s’y ajoute un blanc rare, Oro, élevé plus longtemps encore. Un point mérite d’être clarifié pour l’amateur : longtemps vendues sous l’appellation Coteaux du Languedoc, les deux grandes cuvées rouges sont, depuis le millésime 2011, commercialisées sous la mention Vin de France — un simple changement d’étiquette, à la suite de désaccords administratifs, qui ne modifie ni la provenance ni la manière de faire le vin. Les flacons plus anciens, comme le Clos Syrah Léone, portent quant à eux l’ancien nom et l’ancienne appellation.
Pour situer Peyre Rose, il faut le replacer dans la génération de domaines qui a fait basculer l’image du Languedoc, d’une région de vins simples à une terre de grands crus. Le Mas de Daumas Gassac a montré le premier, dès les années 1970, qu’on pouvait y produire des vins de garde comparés aux plus grands. Le Mas Jullien a imposé une lecture fine et précise du terroir des collines. La Grange des Pères a bâti sa réputation sur des assemblages d’une grande profondeur, aujourd’hui parmi les plus recherchés du Sud. Peyre Rose occupe dans ce paysage une place entièrement à part : là où d’autres cherchent l’équilibre de l’assemblage, Marlène Soria a fait le pari d’une Syrah solitaire et du temps long, une voie sans véritable équivalent dans la région. Découvrir ces domaines côte à côte est sans doute la meilleure façon de comprendre la diversité des grands vins du Languedoc-Roussillon et la contribution singulière de Peyre Rose à leur renommée.